On entend aujourd'hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C'est une maladie de l'esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s'échauffe rarement en lisant : car alors on peut avoir le sens rassis. Mais quand un homme ardent et d'une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont en feu, et ce feu se communique ; ses tons, ses gestes, ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il crie : « Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n'est qu'humain ; combattez les combats du Seigneur » et on va combattre. Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. [...]
Voltaire extrait du Dictionnaire philosophique, 1764
Dans cette enquête intime, Mika Sperling brise un tabou familial et sociétal. Avec vulnérabilité et résilience, elle se confronte à son traumatisme à travers trois récits plastiques. Des pièces à convictions, ponctuée de notes manuscrites, nous immergent au coeur de son processus de guérison. Par cette recherche formelle, elle soulève la question de la réparation à travers l'objet artistique.
Prix du public, Festival des Rencontres d'Arles, Prix Roederer 2022
Michael Hartung, qui tient un des derniers vidéo-clubs de Berlin, reçoit la visite d’un journaliste. Des dossiers exhumés de la Stasi montreraient qu’un jour de juillet 1983 Hartung, à l’époque aiguilleur, aurait organisé l'évasion de 127 personnes vers l’Ouest dans un train de banlieue. L’intéressé nie d'abord catégoriquement mais la tentation d’être un héros est trop belle... Les médias s'emparent de l’histoire, un livre et un film sont en préparation, Hartung est célèbre ! Mais lorsqu’il rencontre Paula, une jeune femme qui était à bord du train détourné, et tombe amoureux d’elle, il comprend qu’il va devoir trouver un moyen de s’extirper du mensonge dans lequel il s'est enferré. S’il est encore temps.
Titre original : Der Held vom Bahnhof Friedrichstraße, Kiepenheuer & Witsch 2022
Norbert Paulini, antiquaire à Dresde, est réputé dans toute l’Allemagne de l'Est pour son flair en matière de livres anciens et rares. Les amoureux de la littérature savent qu’ils peuvent toujours dénicher de nouveaux trésors sur ses étagères.
Mais après la chute du Mur à l'automne 1989, la politique envahit tout, les clients se font rares, et la concurrence d'Internet apparaît. Paulini a beau résister pour sauver l’oeuvre de toute une vie, une sorte de noirceur obscurantiste semble s'emparer de son âme.
Comment un humaniste se change-t-il en réactionnaire - ou plutôt en révolutionnaire ? Et dans quelle mesure peut-on se fier au conteur de cette histoire ?
Ingo Schulze est né en 1962 à Dresde et vit à Berlin. Couronné par de nombreux prix et traduit en plus de 30 langues, il incarne une littérature engagée, en phase avec l’évolution politique et culturelle de la société. Membre de l’Académie des arts de Berlin, il a reçu, en octobre 2020, l’ordre national du mérite de RFA pour son engagement politique en tant qu’auteur et artiste.
Nouvelle traduction de l’allemand d’Olivier Le Lay, préfacée par Philippe Lançon.
Dans la bonne société zurichoise, au milieu des années 1970, un homme se meurt. Mais ce qui le condamne, ce n'est pas tant la maladie qui l’accable que le poids d’obligations absurdes censées garantir les fondements de son existence et la reproduction de son milieu. À force de vouloir être respectable à tout prix, il a perdu le sens de la vie.
Publié à titre posthume en 1976, Mars est un livre-culte pour toute une génération, qui y a découvert le combat d'un homme pour sa liberté. La nouvelle traduction d’Olivier Le Lay souligne la rage de vivre rimbaldienne et la redoutable ironie du jeune écrivain suisse. Ce texte essentiel, «coup de canon» comme l’écrit Philippe Lançon, résonne toujours aujourd'hui, comme un cri qui nous appelle à vivre.
« - Une dernière chose, je ne jouerai qu'une seule partie. Veuillez prévenir ces messieurs à l'avance pour que cela ne paraisse pas discourtois après coup. Cette partie doit solder les comptes, et rien d'autre. Un trait final, pas un nouveau départ. »
Connue, en France, sous le titre Le Joueur d'échecs, la Schachnovelle est le dernier texte qu'ait écrit Stefan Zweig avant de se donner la mort à Petrópolis en 1942.
Jean-Philippe Toussaint a réalisé cette nouvelle traduction pendant l'écriture de son dernier livre, L'Échiquier, qui paraît simultanément aux éditions de Minuit pour la rentrée littéraire de 2023.
Novembre 1989.
Le Mur de Berlin vient de tomber. Inge et Walter Bischoff, un couple d'Allemands de l'Est de condition modeste, convoquent leur fils Carl et lui annoncent solennellement qu'ils ont décidé d'aller vivre à l'Ouest. Ils partiront « en éclaireurs », expliquent-ils, tandis que Carl restera « à l'arrière » pour veiller sur leur maison de Gera. Ils lui écriront régulièrement.
À vingt-six ans, Carl, qui a repris depuis peu ses études, n'habite plus chez eux depuis longtemps. Mais leur décision qui ressemble à un abandon lui révèle soudain qu'avant d'être ses parents, Inge et Walter ont eu une jeunesse éprise de liberté et de rock'n roll. De ce temps d'avant la construction du mur, le Stern 111, un poste de radio de fabrication soviétique orné d'une étoile rouge, reste le symbole : toute la jeunesse d'Allemagne de l'Est s'en servait pour écouter les radios de l'Ouest.
Carl ne restera pas longtemps à Gera. Au volant de la petite voiture de son père, il se rend bientôt à Berlin. Alternent dès lors les lettres reçues de sa mère et le récit de ses propres aventures dans la ville en pleine effervescence. Au « Cloporte », un immeuble où s'est rassemblée une communauté de squatters sous la conduite du berger Hoffi, perpétuellement accompagné de sa chèvre Dodo, Carl va connaître une double initiation amoureuse et politique.
Il n'y a qu'une ville à la taille de l'énergie de Doris : Berlin ! Fuyant la ville moyenne où elle végète, Doris, séduisante et séductrice, part à la conquête de la Babylone des années 30. Un objectif en tête : devenir une vedette. Elle plonge alors dans un univers éclatant et éclaté : le champagne coule à flot comme les êtres à pic dans la misère. Artistes, mondains, miséreux se lancent à corps perdu dans un dernier tour de piste avant le désastre qui s'annonce en Europe. Ne pouvant compter que sur elle-même, Doris va tout vivre au risque d'être emportée par ce torrent. Texte féministe avant l'heure, Irmgard Keun crée un personnage qui résiste à toute assignation.
Un botaniste vieillissant, de renommée internationale, se retire dans sa maison de famille dans la campagne allemande pour écrire un ultime ouvrage visant à critiquer les méthodes de la botanique moderne. À mesure qu'il avance dans la rédaction, il réalise que son travail scientifique consistant à répertorier et classer la flore du monde entier l'a en réalité tenu à l'écart de la nature, de sa vitalité et de son essence fondamentale. Et alors que sa force physique décline, son visage progressivement envahi par une mousse verte et mystérieuse, il se remémore le besoin compulsif qu'avait son père d'élaguer la végétation et de repousser toujours plus loin l'avancée naturelle de la forêt sur les limites de leur propriété. Il se souvient aussi, entre écriture et promenades, comment il a fui avec sa famille le fascisme naissant, ou encore ses premiers émois amoureux. Klaus Modick nous plonge ainsi dans les pensées d'un homme qui réexamine sa vie et accède à une compréhension nouvelle, et plus profonde, de l'amour, de la mort et du monde naturel. Il offre aussi une réflexion philosophique sur le langage et la manière qu'il peut avoir de nous tenir à l'écart du coeur vivant de ce qu'il désigne. Mousse explore enfin nos besoins les plus fondamentaux de transcendance et de connexion au monde, et livre un testament émouvant de notre relation intime à la nature.
de Maxim Leo, Olivier Mannoni (Traducteur)
Éditions Actes Sud, 2021
24,50 €
Dans son nouveau roman familial, Là où nous sommes chez nous. Histoire de ma famille éparpillée, l'auteur berlinois Maxim Leo enquête sur sa famille d'origine juive, dispersée à travers le monde en raison du nazisme. À partir des destins de sa grand-tante Ilse et de ses deux cousines Hilde et Irmgard, l'écrivain réunit les maillons manquants de la chaîne des souvenirs familiaux. On suit alternativement le parcours des membres de sa famille, dont certains sont communistes, sont déportés ou internés (notamment à Gurs), s'engagent dans la Résistance ou partent vivre dans un kibboutz dans ce qui deviendra l'État d'Israël. À travers les différents récits qui composent Là où nous sommes chez nous, Maxim Leo pose des questions fondamentales : quels facteurs influencent et fondent l'identité d'une personne ? Comment l'exil, la fuite, la violence, l'oppression et la guerre imprègnent-ils les générations suivantes ? Et qu'est-ce qui fait qu'un jour, on se sent chez soi quelque part ?
Marta était à peiné sortie de l'adolescence quand elle a rencontré Arthur, l'homme aux yeux menthe givrée. Et voilà qu'Arthur est mort, étendu à ses côtés. Tout au long de la journée tourmentée qui suit ce mystérieux décès, les souvenirs remontent pour dérouler l'histoire d'une relation faite de non-dits, d'incompréhension et de petites cruautés. Quarante années, au cours desquelles Marta a pris soin de peigner tous les jours les franges du tapis pour qu'elles soient bien droites, tandis qu'Arthur montrait plus d'affection pour son aquarium que pour son propre fils. Propulsée par son extrême sensibilité littéraire, Katja Schönherr nous offre un premier roman palpitant et glaçant sur deux êtres aussi incapables de vivre ensemble que l'un sans l'autre.
Berlin 1932. Sala et Otto ont treize et dix-sept ans quand ils tombent amoureux. Il vient d'une famille ouvrière des bas-fonds de Berlin. Elle est juive et la fille unique d'une famille intellectuelle et excentrique. En 1938, Sala doit quitter l'Allemagne et se réfugie chez sa tante à Paris. Jusqu'à ce que les Allemands envahissent le pays... Alors qu'Otto part au front en tant qu'ambulancier, Sala est dénoncée et internée dans un camp dans les Pyrénées.
Là-bas, on meurt vite de faim ou de maladie, et ceux qui survivent jusqu'en 1943 sont déportés à Auschwitz. Sala a de la chance, on la met dans un train pour Leipzig où elle se cache. Tandis qu'Otto est fait prisonnier par les Russes, commence pour Sala une longue odyssée qui la mènera jusqu'à Buenos Aires. Mais malgré les années qu'ils passent sans se voir, ils ne s'oublient jamais...
Des vacances de Noël en famille sur l’île de Lanzarote – ce rêve de Henning, mari et jeune père plein de bonne volonté, risque de tourner au vinaigre. Le temps est maussade, le moral se détériore ; les crises d’angoisse qu’il redoute tant réapparaissent. Le premier janvier, il décide de s’éloigner des obligations familiales, d’un amour mêlé d’incompréhension et d’une paternité qui l’écrase. Il enfourche un médiocre vélo de location et entreprend, par défi, une ascension harassante.
C’est un homme épuisé qui arrive au sommet de la montagne, où paysage et village se révèlent. Tel un voile qui se déchire, il lui semble retrouver un lieu maudit de sa petite enfance, une expérience traumatisante dont la romancière ressuscite alors chaque instant enfoui dans sa mémoire.
Juli Zeh, à son meilleur, se livre à un travail vertigineux d’expérimentation psychique : la plongée de Henning dans l’onde obscure du refoulé nous hantera longtemps.
Essentiellement poète, mais aussi romancier et dramaturge collaborateur du Berliner Ensemble, Volker Braun est né en 1939 à Dresde. Sa vie et son œuvre sont étroitement liées à l'histoire de la RDA dont il fut sans doute un des poètes les plus emblématiques malgré sa prise de distance critique très précoce avec les dérives du système bureaucratique qui trahissaient les principes initiaux. Dissident de l'intérieur en quelque sorte, surveillé par la Stasi, il développe une poésie intempestive, dans la tradition d'un Heine ou d'un Brecht, caractérisée par l'usage constant de l'ironie comme instrument d'analyse, virtuose et complexe dans ses formes. On y entend certes un désenchantement mais sans renoncement ni désengagement, le poète continuant jusqu'à aujourd'hui à réfléchir aux raisons de l'échec de la RDA comme aux impasses du modèle capitaliste occidental.
Années 1950. À bord du cargo qui les ramène en Europe, Franz Hammer, mécanicien allemand fait la connaissance d'un compatriote, Ernst Triebel, jeune médecin venu assister à un congrès. Au cours de cette traversée, Ernst Triebel se raconte.
Encore enfant, il a émigré au Brésil, dans les années 1930, quand ses parents ont fui l'Allemagne. A Rio, il se lie avec une autre enfant d'origine allemande, Maria Luisa.
Leur amitié s'enracine, sans que les jeunes gens, réalisent vraiment qu'elle se transforme en amour. La guerre terminée, le père de Triebel décide de retourner en Allemagne. Son pays dévasté a besoin de forces intactes. Il persuade son fils de l'accompagner. Maria Luisa, elle, reste à Rio. Mais l'histoire de cet amour, ardent, magnétique et peut-être funeste, ne s'arrête pas là...
Peut-être la traduction la plus aboutie d'un grand texte de la littérature européenne.
Les citadins regardent les arbres comme des "robots biologiques" conçus pour produire de l'oxygène et du bois. Forestier, Peter Wohlleben a ravi ses lecteurs avec des informations attestées par les biologistes depuis des années, notamment le fait que les arbres sont des êtres sociaux. Ils peuvent compter, apprendre et mémoriser, se comporter en infirmiers pour les voisins malades. Ils avertissent d'un danger en envoyant des signaux à travers un réseau de champignons appelé ironiquement "Wald Wide Web".
La critique allemande a salué unanimement ce tour de force littéraire et la manière dont l'ouvrage éveille chez les lecteurs une curiosité enfantine pour les rouages secrets de la nature.
Ancien éditeur, Reither vit désormais en solitaire dans une vallée au pied des Alpes. Leonie Palm, elle, était modiste et a dû fermer boutique. Mais aujourd'hui, alors que plus personne ne porte de chapeaux et que l'on compte davantage d'apprentis écrivains que de lecteurs, c'est un même désenchantement qui lie ces deux voisins marqués par un drame intime. Lorsqu'ils décident malgré tout de prendre la voiture en direction du Sud - une perspective de Méditerranée, de vin, d'aventure -, ils sont surpris par la force de leurs émotions.
Partout confrontés aux clandestins qui, eux, empruntent le chemin inverse, ils décident d'aider une jeune réfugiée et l'emmènent. Malencontre, romance magnifique en forme de nouvelle, se révèle être la parabole d'une double perte : celle de l'amour et de la compassion, car nous ne sommes à la hauteur ni de l'un ni de l'autre. "Mais où en serions-nous sans nous surestimer un peu", dit Reither en s'apprêtant à embrasser Leonie pour la première fois.
Les éoliennes peuvent rapporter gros – mais à qui ? Une partie d’échecs se joue derrière les façades proprettes d’un village du Brandebourg où des Berlinois épris d’un romantique “retour à la campagne” côtoient des paysans du cru et leurs familles. De vieilles rancoeurs – datant de l’époque de la chute du Mur – se réveillent et des stratagèmes de vengeance se fomentent. Une manipulatrice essaie de tirer profit des désirs des uns et des haines des autres.
Grâce à la plume d’acier de Juli Zeh, cette belle fresque villageoise contemporaine offre du rire et de l’effroi. Un formidable thriller rural qui renouvelle et dynamite le roman de terroir.
Génial et enfantin, lucide et menteur, attachant et insupportable, tel est l’éblouissant portrait que brosse Soma Morgenstern de son ami Joseph Roth. Une amitié commencée à Vienne en 1913, et qui s’achèvera dans un petit hôtel de la rue de Tournon, à Paris, un malheureux jour de printemps 1939. Émaillé de mille anecdotes sur l’écrivain et sur la vie culturelle de l’entre-deux-guerres, à Berlin, Vienne et Paris, ce document exceptionnel se dévore comme un roman.
Déjà traduit dans une dizaine de langues, ce maître livre d'histoire globale se classe d'emblée par son ambition, son écriture et l’ampleur de ses approches au rang des Braudel ou Hobsbawm (dont il offre un contrepoint libéral).
Cet ouvrage offre un panorama historique particulièrement ambitieux du monde au XIXe siècle, une époque de fort bouleversement. À partir d’une masse de sources et d’une grande variété d’angles de vision se dessine le portrait à facettes d’une époque cruciale de notre histoire. Osterhammel s’appuie sur des structures et des modèles, des ruptures marquées et des continuités, des similitudes et les différences. Cette histoire globale du XIXe siècle est d’abord une histoire des villes, des transports, de la production, des échanges, des migrations, de la démographie, etc. à l’échelle du monde.
Ce sont avant tout les phénomènes transnationaux ou transcontinentaux, non événementiels, qui occupent le devant de la scène. L’objet de cette histoire, ce sont donc les structures « braudéliennes » de la vie quotidienne et des dynamiques à l’œuvre. La mise en service des égouts de Londres est ainsi présentée comme un événement de portée mondiale...
L’auteur décentre le point de vue par rapport à l’histoire nationale et événementielle. Il rétablit le poids des événements hors d’Europe occidentale à une plus juste mesure. C’est bien une histoire post-coloniale et une histoire mondiale, c’est-à-dire ni particulièrement européenne ou nationale, même pour le siècle de la domination européenne (ou « occidentale ») du monde.
Au milieu de la Havel, cette rivière qui coule à l’ouest de Berlin, se dresse l’île aux Paons. C’est là que les visiteurs qui décident de fouler cette terre pleine de mystères peuvent croiser Marie, la demoiselle du château, née à l’aube du XIXème siècle. Les années passent mais ni Marie ni son frère Christian ne grandissent ; dans l’ombre des hauts fonctionnaires et du jardiner de la cour, ces deux nains vivent au rythme des événements qui touchent le royaume de Prusse. Les guerres napoléoniennes sont terminées, l’île aux Paons est resplendissante.
On y cultive des fleurs, des cerises, des fraises, on y entretient une pépinière, et l’on commence à y planter des figuiers et des framboisiers. On installe également une somptueuse palmeraie chauffée, puis une ménagerie. Au gré des expéditions royales et scientifiques, des animaux exotiques débarquent sur l’île ainsi que de nombreuses curiosités : aux paons s’ajoutent des kangourous, des fauves, des pachydermes, des élans, des marmottes, des lamas, mais aussi un géant boiteux et un jeune sauvage des îles Sandwich, l’architecte Schenkel et le paysagiste Lenné, des scientifiques, des artistes qui se mêlent à la faune et la flore.
Marie, quant à elle, apprend à vivre malgré les regards étonnés et parfois malveillants des nouveaux venus. Se réfugiant un temps dans une relation incestueuse avec Christian, elle tombe amoureuse de Gustav, le neveu du jardinier de la cour. Leur relation est trop difficile à assumer pour Gustav qui n’a pas le courage d’accepter ses sentiments pour une naine ; mais Marie tombe enceinte. Elle refuse que le père du bébé approche son fils, c’était sans compter sur la méchanceté de Gustav qui revient pour récupérer l’enfant et l’éloigner de sa mère, au moment où l’île – victime de la folie et de l’indifférence cynique de son roi – sombre peu à peu dans le délabrement. Restée seule en ces lieux où ne passent plus que de rares visiteurs, hantée par les souvenirs de son fils disparu et de son frère assassiné, Marie tente alors de faire perdurer le mythe de cette terre fantasque en attendant la mort…
C’est avec beaucoup de grâce que Thomas Hettche nous fait découvrir la mystérieuse île aux Paons, ses habitants et les secrets qu’elle protège. D’une plume délicate il donne vie à d’extraordinaires personnages confrontés à la passion, la différence et la violence de l’histoire.
Dans le dernier volet du polyptyque qu’il consacre à l’exploration littéraire de notre quotidien (après Essai sur le Lieu Tranquille, Essai sur la journée réussie, Essai sur le juke-box et Essai sur la fatigue), le grand écrivain autrichien narre la vie d’un ami «fou de champignons» et transforme le cœur des forêts en lieu d’enchantement.
Peter Handke atteint un degré de sensibilité et de précision, une attention au détail qui n’ont que peu d’équivalents dans le paysage littéraire contemporain. Assis à sa table, muni d’un crayon, il mue ses pérégrinations à la périphérie de nos existences urbaines en campagnes d'observation et poursuit rigoureusement le mot juste.
À la recherche du miracle dans le profane, de ces moments d’exaltation intense où les choses simples se révèlent étincelantes, Peter Handke fait émerger l’utopie du plus ténu.
« Aucun écrivain, me semble-t-il, n’écrit pout les étoiles, tout aussi peu pour le public, mais il écrit pour lui-même », notait Max Frisch en 1958. Et pourtant, le succès de ses romans Stiller (1954) et Homo Faber (1957) a fait soudain exister ce public comme une réalité pressante, qui l’arracha à la solitude de son travail et le convoqua à s’exprimer devant lui en des occasions aussi diverses qu’une foire du livre, un congrès, une remise de prix littéraire ou encore la fête nationale suisse. Le présent ouvrage rassemble les plus importantes de ces interventions, qui frappent par leur lucidité et leur actualité. En chacune d’elles, on lit le souci d’un auteur partagé entre la responsabilité de sa parole publique et la fidélité à ses engagements esthétiques. Frisch interroge ici la véritable nature de l’engagement de l’écrivain, tout en écornant au passage, avec l’ironie mordante qu’on lui connaît, les certitudes, les mythes et les angoisses crispées de ses contemporains. Entrer avec lui dans un partenariat critique, voilà ce que Max Frisch propose à ses lectrices et lecteurs tout au long des dix textes de ce recueil.
Il s'agit d'un recueil de discours et interventions publiques de l'écrivain, paru en 1967 chez Suhrkamp et qui n'ont pas pris une ride. Textes politiques et esthétiques, ironiques et mordants, engagés dans leur critique de la Suisse bourgeoise de l'après-guerre, ils se révèlent aussi posséder une grande actualité dans le contexte politique actuel – notamment les deux articles contre l'idée d'"Ueberfremdung" ("la crainte de la surpopulation étrangère").
Max Frisch est né en 1911 à Zurich. Après des études de littérature puis d’architecture, il mènera de front son métier d’architecte et son activité d’écrivain, avant de se consacrer entièrement à l’écriture à partir de 1955. Ses journaux, ses romans (Stiller, Homo Faber, …) et ses pièces de théâtre (Monsieur Bonhomme et les incendiaires, Andora, …) font de lui dès les années cinquante l’une figure majeure de la littérature de langue allemande. Son œuvre fut couronnée de nombreuses récompenses, dont le Prix Georg-Büchner en 1958. Il est mort à Zurich le 4 avril 1991.
Antonin Wiser est docteur en études germaniques (Université de Paris-Sorbonne) et en littérature française (Université de Lausanne). Il est l’auteur de plusieurs traductions à partir de l’allemand et de l’anglais, dont : Theodor W. Adorno, Amorbach et autres fragments autobiographiques, paru en 2016 aux éditions Allia (Paris). Il a également publié, en 2014, l'ouvrage Vers une langue sans terre. Adorno et l'utopie de la littérature, paru aux Éditions de la Maison des sciences de l'homme (Paris). Il vit et travaille à Berlin et Lausanne.
Écrite entre 1912 et 1924, La Montagne magique est l'un des romans majeurs du vingtième siècle. Cette oeuvre magistrale radiographie une société décadente et ses malades, en explorant les mystères de leur psychisme. Le jeune Hans Castorp rend visite à son cousin dans un luxueux sanatorium de Davos, en Suisse. Piégé par la magie de ce lieu éminemment romanesque, captivé par des discussions de haut vol, il ne parvient pas à repartir.
Le jeune Allemand découvre son attirance pour un personnage androgyne et, au mépris du danger, se laisse peu à peu envoûter par cette vie de souffrances, mais aussi d'aventures extrêmes en montagne et de dévergondage, où fermentent des sentiments d'amour et de mort. Évocation ironique d'une vie lascive en altitude, somme philosophique du magicien des mots, ce vertigineux "roman du temps" retrouve tout son éclat dans une nouvelle traduction qui en restitue l'humour et la force expressive.
Rüdiger Stolzenburg a presque la soixantaine. Chargé de cours à l'université de Leipzig, il n'a aucune chance de voir sa carrière universitaire progresser ; en général, lorsqu'un poste de professeur se libère, il est attribué à un collègue de l'Ouest. Son champ de recherches - le librettiste et compositeur Weiskern - n'intéresse personne : impossible donc de trouver des crédits de recherche. Sa vie privée n'est guère plus enthousiasmante, bien qu'il collectionne les femmes, jeunes, voire même très jeunes, et piétine allègrement l'amour de la seule femme qui tienne vraiment à lui.
Or, Stolzenburg a des difficultés financières, car dans la nouvelle Allemagne son maigre salaire de chargé de cours ne suffit plus à lui assurer le train de vie auquel il aspire, d'autant que le fisc de la réunification vient de lui notifier un redressement d'impôts assez conséquent. Rüdiger croit voir son heure de chance dans une proposition qui lui parvient via Internet : un collectionneur l'informe être en possession de manuscrits inédits et inconnus de Weiskern pour lesquels il cherche un acquéreur.
Pris d'une passion furieuse pour ces textes, il remue ciel et terre pour trouver l'argent. Envisage même de se laisser acheter par un étudiant en échange d'un diplôme. Christoph Hein a habitué ses lecteurs à son regard lucide et à ses descriptions sobres et incisives. Dans ce roman il souligne la façon dont la chute du Mur et la réunification ont profondément modifié le cours de la vie des Allemands de l'Est.
Son héros, naïf, mal à l'aise avec les règles d'une société dans laquelle chacun est en concurrence avec tous pour conquérir sa place au soleil, est l'éternel perdant de ce nouvel ordre du monde.
Pour avoir participé à une soirée entre amis autour d'un livre interdit par le régime de Saddam Hussein, Salim, jeune étudiant irakien, est arrêté par la police et risque une lourde peine de prison. N'ayant pas d'autre choix que de fuir un pays où les habitants manquent de tout sauf d'humour et d'aubergines, il trouve refuge en Libye. Sans nouvelles de ses proches, son seul but est désormais de faire parvenir, en déjouant la censure, une lettre à sa fiancée pour l'assurer de son amour fidèle. De "Kadhafi City" à Bagdad City, en passant par Le Caire et Amman, son courrier, confié à un réseau clandestin, suit un étrange et périlleux parcours, au fil de chapitres souvent drôles et parfois glaçants qui dressent un portrait surprenant du monde arabe.
Né à Bagdad en 1973, Abbas Khider, libéré de prison après avoir purgé une peine de deux ans pour raisons politiques, parvient à fuir son pays en 1996. Au terme de quatre années d'une vie d'immigré clandestin dans plusieurs pays, il atteint finalement l'Allemagne où il étudie la philosophie et la littérature. II vit aujourd'hui à Berlin.
"Alexander Kluge est relativement connu, en France, pour sa filmographie, abondante et variée, qui a d'ailleurs fait l'objet d'une large rétrospective à la Cinématèque Française en 2013. L'écrivain est en revanche ici pratiquement ignoré, sinon des germanistes, alors qu'il est une des figures les plus célèbres de la littérature allemande contemporaine et salué comme tel par les médias allemands, le public, l'édition. Son originalité réside dans une manière de parler de la réalité contemporaine allemande en s'appuyant aussi bien sur son immense culture classique que sur un maniement très original de la fiction, à travers, le plus souvent, de brèves séquences qui sont autant d'apologues dont la juxtaposition et l'accumulation finissent par composer une véritable fresque de l'histoire de son pays et, au-delà, de celle de la pensée et de la sensibilité occidentales. Cette écriture, cette démarche si originales sont actuellement absentes du paysage littéraire français, c'est la raison pour laquelle une traduction de l'ensemble de cette gigantesque entreprise qu'est « Chronique des sentiments » nous a paru indispensable. Les sentiments sont les véritables occupants des vies humaines. On peut dire d'eux ce que l'on a dit des Celtes (nos ancêtres, pour la plupart d'entre nous) : ils sont partout, seulement on ne les voit pas. Les sentiments font vivre (et forment) les institutions, ils sont impliqués dans les lois contraignantes, les hasards heureux, se manifestent à nos horizons, pour s'élever au-delà vers les galaxies. On les trouve dans tout ce qui nous concerne. Ce dont les hommes ont besoin au cours de leurs vies, c'est de l'ORIENTATION. Comme il en faut aux bateaux. Telle est la fonction d'un si gros livre : que l'on compare, se sente rebuté ou attiré, dans la mesure vu qu'un livre fonctionne comme un miroir. Nul ne lira autant de pages d'un seul coup. Chacun se contentera d'aller vérifier, comme dans un calendrier ou, précisément, une CHRONIQUE, ce qui le regarde. L'orientation subjective - savoir à quoi me fier, ce que je dois craindre, à quoi tiennent les actes délibérés - donnent ce courant de fond, que le temps qui court ne suffit pas à transformer et qui constitue la vraie chronique."
Daniel, Rico, Mark, Walter et leurs copains vivent à Reudniz, un quartier pauvre de Leipzig. Ils ont treize ans au moment de la réunification, à l'automne 1989. Après les jeux de l'enfance et le strict encadrement des mouvements de jeunesse et de l'école du régime communiste, vient pour eux le temps de l'adolescence dans un pays nouveau où les règles d'hier n'ont plus cours. Les vols de voiture, les bagarres, l'alcool, la drogue et les fêtes les aident à se sentir libres, à tenter de réaliser leur rêve, celui de devenir "les plus grands" de Reudnitz et même de toute la ville.
Tour de force narratif, écrit dans une langue crue et vive, Quand on rêvait, à travers le destin émouvant et terrifiant de ces gamins qui ont perdu tout repère, aborde les thèmes de l'amitié et de la trahison, de l'espoir et des illusions, de la brutalité et de la tendresse. Il est à la fois le récit d'une jeunesse perdue et celui de la recherche effrénée et utopique d'une vie meilleure.
Keith est né dans une famille tout à fait singulière : de sa mère, il sait peu de chose ; de son père, absolument rien. Tout comme ses quatre frères et soeurs supposés, il a été élevé par son grand-père et une succession de "grand-mères" toujours plus jeunes. Pour le quatre-vingtième anniversaire du patriarche, les petits-enfants lui offrent un voyage pour la destination de son choix. Quand l'excentrique aïeul annonce qu'il a choisi de se rendre en Chine, c'est Keith, à son grand dam, qui est désigné pour l'accompagner.
Pour la première fois de sa vie, il décide de ne pas obéir et dépense tout l'argent du voyage au casino. La situation se complique encore quand il apprend le décès de son grand-père. Pour éviter de tout avouer à sa famille, Keith commence à écrire des lettres racontant leurs aventures chinoises qui, au fur et à mesure, deviendront de plus en plus détaillées et extravagantes. Un livre pétillant, truffé de trouvailles hilarantes, qui se referme forcément le sourire aux lèvres.
Auto-boulot-dodo. Voilà à quoi se résumait la vie de Darius Kopp. Jusqu'à ce qu'il perde son travail et que sa femme Flora se suicide. Depuis, complètement apathique, il ne sort plus de chez lui, tue le temps en regardant la télévision et ne se nourrit plus que de pizzas. Un jour pourtant, poussé dehors par son ami Juri, il décide de reprendre les choses en main : il se résout à lire le journal que sa femme écrivait en hongrois et à disperser ses cendres.
Mais où ? Dans le village hongrois où elle est née, à Budapest, en Slovénie, au pied du mont Ararat, en Grèce ? Darius entreprend alors un long voyage à travers l'Europe, en quête de la vérité sur sa femme et sur lui-même. Dense, picaresque, foisonnant, le roman de Terézia Mora multiplie les possibilités de lecture grâce à une langue à la fois littéraire et informelle, à l'alternance des points de vue au sein d'une même phrase et à sa présentation typographique originale.
Comme l'annonce d'emblée sa traductrice et préfacière : « On n'en finit jamais de découvrir Ingeborg Bachmann ». L'une des raisons est qu'elle a laissé derrière elle, du fait de sa mort soudaine, brûlée vive en 1973 dans sa chambre d'hôtel à Rome, des centaines de pages inédites.
Cette anthologie de son œuvre poétique a pour but de la révéler plus intimement, dans la vérité et l'acuité de sa démarche. Le présent volume n'a d'ailleurs pas d'équivalent, même en pays germanique : il présente l'œuvre lyrique dans sa continuité, des premiers poèmes composés par la jeune fille de seize ou dix-huit ans, inédits en français, et pour un certain nombre en allemand aussi, aux esquisses tardives, écrites jusqu'en 1967, mais publiées seulement en 2000 à titre posthume.
Le choix qui s'exprime dans ce livre (dont l'intitulé reprend l'un des vers d'Ingeborg Bachmann) tend à mettre en lumière la constance d'une quête, c'est-à-dire la précocité et la persistance de thématiques qui ne cessent de transparaître à travers la pluralité des formes et des genres, dans la réécriture de la tradition et dans sa déconstruction, dans la recherche surtout d'une nouvelle « logique » et de nouvelles manières de pensée et d'être. L'ombre, l'obscur, l'angoisse, l'expérience quasi originelle des ténèbres, mais également un vif appétit de vie, allié à une soif de lumière et d'amour, hantent toutes ces pages, parfois jusqu'à l'obsession. Avec la conscience aiguë qu'une vocation de poète, s'il lui arrive d'avoir parfois l'oreille des dieux, ne peut échapper à une certaine malédiction, et se doit de payer un tribut aux morts.
592 pages, sous couverture illustrée, 108 x 178 mm
Berlin, 1930. La ville est une jungle où chacun se bat pour sa peau. Tous, Jonny, Fred, Ludwig, Willi et les autres sont passés par la même phase : une fois leur domicile ou foyer abandonné, c'est la rue qui les a accueillis. Tous ont les mêmes ennemis : le froid, la faim, la police. La maladie aussi, tout particulièrement la syphilis. Tous attendent avec impatience d'avoir vingt-et-un ans, la majorité qui fera d'eux des sans-papiers officiels.
Par la nouvelle voix de l'avant-garde littéraire berlinoise, un premier roman coup-de-poing, l'odyssée bouleversante d'une jeune femme en fuite, qui s'élève en porte-parole de toute une génération à la fois cosmopolite et en quête d'identité. Mascha est juive, azerbaïdjanaise, russe, allemande. Dans son monde, toutes les langues et les cultures se mêlent. "Immigré", "identité", "patrie" : ces mots ont le don de l'énerver.
Une ville du Maghreb située en bord de mer, sale, chaotique, corrompue, mais aussi pittoresque. En toile de fond les montagnes et le désert, et une piste qui mène vers l'oasis. Des soirées mondaines sont organisées par des écrivains, et des communautés d'idéalistes venus de tous les coins du monde sont installées là. Au milieu de ce petit monde circulent des agents secrets, des brasseurs d'affaires et des contrebandiers de tout poil.
Roman policier ? Peut-être : quatre membres de la commune de hippies sont assassinés. Roman d'espionnage ? Que fait ici la jeune et belle Américaine Helen Gliese... Ce sont les malentendus qui règnent en maître dans cette Babel nord-africaine. De quoi parle-t-on ici ? À quoi a-t-on affaire ? À un thriller exotique ? À un roman d'espionnage ? À une fresque postcoloniale ? Entrer dans ce livre suppose d'accepter de perdre pied, d'abandonner ses habitudes de lecture et son horizon d'attente.
Jusqu'au bout, le lecteur a le sentiment d'avoir manqué un maillon, et d'être en-deçà de ce qu'il devrait pouvoir comprendre.
Textes bilingues en français et allemand
Le Reichstag, la porte de Brandebourg, Unter den Linden, Potsdamer Platz, Alexanderplatz... Les photographies d’Alex Jordan laissent tout cela de côté et tentent plutôt de capter peu à peu le curieux climat, la drôle d’atmosphère qui imprègnent la capitale allemande. Photographies prises à Berlin au cours des quatre dernières décennies, avant et après la chute du Mur, elles suivent les affinités visuelles entre les objets, les comportements et les manières d’être de Berlin, de 1978 à 2012 — qu’ils fassent écho à un passé tout proche ou qu’ils paraissent anticiper les années dites « d’après ». Un travail de longue haleine en noir et blanc, commencé avant la réunification, que les éditions Créaphis ont intégré en exclusivité à leur collection FOTO en mai 2013.
Les relations franco-allemandes sont un bien précieux, aujourd’hui plus que jamais. Le Traité de l’Élysée, qui en est la base, fête ses 50 ans. C’est l’occasion pour les meilleurs dessinateurs de presse d’échanger, en 100 caricatures politiques, leurs regards par-dessus le Rhin et de dresser un bilan aussi drôle que critique des relations bilatérales. Pour compléter ce panorama, 50 dessins de la main de caricaturistes en herbe s’attaquent avec verve au présent et à l’avenir. Cela fait trois fois 50 bonnes raisons de rire tout en nous instruisant sur nous-mêmes et nos voisins d’outre-Rhin.
Au mois de novembre sur l'île de Lanzarote : paysages minéraux, climat doux mais changeant. La faune et la flore sous-marines des environs en font un lieu de plongée recherché. Sven, le nonchalant instructeur, y organise des cours de plongée mais cette semaine-là, ce sont ses deux singuliers stagiaires qui semblent mener le jeu. Jola et Theo, couple berlinois très glamour, attirent Sven dans un piège, à moins que ce ne soit le contraire. Les sorties en mer se transforment en mises en scènes - provocation, désir et haine s'y invitent. Chacun risque de perdre la maîtrise de la situation et de sa vie. Et peut-être davantage encore...
Odyssée familiale magistrale et voyage passionnant à travers l'histoire contemporaine, un premier roman brillant, drôle et émouvant (couronné par le Deutscher Buchpreis avant de conquérir la scène littéraire internationale), illustrant la splendeur et la décadence d'une famille russo-allemande des années cinquante à nos jours.
Berlin, 2001. Incurable. Suite à ce diagnostic, Alexander part au Mexique, un rêve d'enfant nourri par les récits nostalgiques de sa grand-mère. Pourtant, en 1952, celle-ci a tout fait pour mettre fin à son exil et rentrer participer à la construction de l'Etat socialiste en Allemagne. Le père d'Alexander aussi est revenu plein d'espoir de Sibérie, avec son épouse russe qui ne maîtrisera jamais la langue de Goethe et sa belle-mère qui ne se défera pas de ses bocaux de cornichons. Alexander, lui, se sent vite à l'étroit en RDA. Jusqu'à la fête célébrant les 90 ans du patriarche communiste, alors que le Mur est sur le point de s'effondrer, où tous ces destins vont se croiser, s'affronter, se rencontrer ou se séparer...
De Mexico à Berlin en passant par Moscou, les voix de quatre générations s'entremêlent pour dire l'histoire d'un monde, d'une famille, d'une vie, quand la lumière des idéaux décline.
Los Angeles, la ville des anges.
La narratrice doit y séjourner neuf mois, au début des années 1990, après avoir obtenu une bourse de recherche. Il s’agit pour elle de percer un secret : dans quel but Emma, sa chère amie, lui a-t-elle remis avant de mourir une liasse de lettres qu’une certaine L., allemande comme elle, mais émigrée aux États-Unis, lui avait écrites ?
À la recherche de L. dans la ville des anges, donc. Là où trouvèrent refuge beaucoup d’émigrés allemands fuyant le nazisme. Brecht, Thomas Mann. Là où Christa Wolf elle-même s’installa deux ans après la réunification de l’Allemagne pour se protéger des incriminations qu’eurent alors à subir nombre de ceux qui étaient nés de l’autre côté du Mur.
La découverte de l’Amérique, anges et enfers, au moment même où l’Histoire ne laisse plus le choix et vous contraint à entreprendre un douloureux travail sur soi que l’éloignement permet enfin.
Dresde - 1982. Les habitants d'un quartier résidentiel cossu se sont depuis longtemps accommodés de conditions de vie difficiles. Pourtant, les membres de cette bourgeoisie est-allemande, véritable anachronisme en RDA, s'isolent parfois pour tourner le dos à la grisaille quotidienne. A commencer par Meno, correcteur pour une maison d'édition, qui se doit de composer avec la censure ; mais aussi son beau-frère, chirurgien renommé, qui mène une double vie et qui, avec sa femme, aveugle et aimante, a élevé son fils, éternel incompris qui incarne pourtant l'Homme Nouveau dont le nom rayonnera un jour, dans le respect des plus belles valeurs – vie familiale harmonieuse, amour de la culture, pratique de la musique, travail acharné et réussite « au mérite ».Toutefois, cette peinture idyllique ne tarde pas à se lézarder et bientôt, c'est le pays tout entier qui tremble…
Premier volume des œuvres complètes de Leonhard Frank paru aux éditions Agone, ce roman autobiographique témoigne d’un demi-siècle de vie artistique et politique allemande : d’une guerre mondiale à l’autre, de la bohème de Munich au Berlin des Années folles, de l’avant-garde expressionniste au retour de l’exil.
Écrivain, homme de théâtre et de cinéma Leonhard Frank fut toute sa vie un homme révolté. D’origine modeste, l’auteur se confond avec son héros, tour à tour ouvrier, peintre puis écrivain célèbre ; mais en 1933 ses livres sont interdits puis brûlés. Au terme de dix-sept ans d’exil, il rentre dans un pays en ruine pour constater que ceux qui écrivent contre les lâchetés et les trahisons qui ont conduit au nazisme n’ont plus de place.
Berlin, fin des années 1970. Nelly Senf obtient l'autorisation de passer de l'Est à l'Ouest avec ses enfants, Aleksej et Katja. Mais elle se heurte à une réalité difficile, loin de l'image d'un Ouest pays de la liberté et de l'abondance...
Dans ces nouvelles, toute une génération peut se reconnaître, celle qui est née après la Seconde Guerre mondiale, a vibré en 68 pour les idéologies gauchistes qui foisonnaient dans les universités et, en 89, bouche bée devant son poste de télévision, a vu s’écrouler, avec la chute du Mur de Berlin, l’ordre de l’après-guerre. Entre deux voyages, une rupture sentimentale, un colloque d’écrivains et une ballade dans Vienne, Robert Menasse nous dresse le portrait d’un héros qui voit l’histoire s’inviter au plus intime de son existence et croit assister en direct à l’assassinat de Kennedy, à l’enlèvement de l’industriel Walter Palmers par la Fraction armée rouge, ou plus prosaïquement à la victoire de l’équipe de foot grecque à l’Euro 2004, etc. Chacun était quelque part quand quelque chose se passait. Celui qui le raconte dit “je” parce que c’est comme s’il y était. Chacun peut dire “je”.
Alliant une liberté de ton très contemporaine à l’élégance et la légèreté de l’esprit viennois, ces nouvelles ne peuvent que ravir le lecteur français.
Le ciel divisé, paru anciennement sous le titre Le ciel partagé, est le premier roman de Christa Wolf et celui grâce auquel elle connut un immense succès ; traduit dans une vingtaine de langues, adapté au cinéma par Konrad Wolf, grand réalisateur de la RDA, il s’en vendit des milliers d’exemplaires.
Quand Rita rencontre Manfred, elle vit dans son village natal où elle exerce un travail alimentaire de peu d’envergure. Mais elle a d’autres rêves. S’éprenant de lui, elle va alors tout quitter pour le suivre en ville, où elle pourra à la fois intégrer une brigade de production d’une entreprise de wagons et devenir institutrice. Nous sommes en août 1961, en RDA, juste avant l’édification du mur de Berlin. Et quand Manfred décide de s’enfuir vers l’Ouest, Rita se trouve face à un dilemme : doit-elle le suivre et demeurer une étrangère dans cette ville inconnue ou rester chez elle, seule ?
Ce grand roman de Christa Wolf évoque avec brio la division présente dans chacun de nos êtres lors des choix cruciaux qui jalonnent notre existence. En évoquant la période charnière qui sépara l’Allemagne en deux, elle fait ressurgir la profonde injustice de l’Histoire qui sépare les êtres ; même ceux qui s’aiment.
Désertes ou peuplées d'étranges créatures, paradis perdus ou contrées dantesques, les îles ont ceci de magique qu'elles inspirent la crainte autant que la fascination.
Cet Atlas des îles abandonnées nous emmène en voyage clans des territoires éparpillés sur le globe, à la frontière du monde tangible et de l'imagination. Dans les eaux polaires du Nord, l'île Solitude est murée clans les glaces. Des millions de crabes rouges fleurissent les plages de l'île Christmas dès les premières pluies tropicales. Au milieu du Pacifique, la femme-oiseau de Banaba alimente les fabulations collectives...
Chacune des cinquante îles présentées ici a une histoire, son histoire. Qu'elle soit invraisemblable, merveilleuse, légendaire ou oubliée, elle raconte le destin d'une miette de terre, quelque part, clans l'immensité océane.
Paula veut être peintre, elle ne veut que cela. La petite fille terrorisée par son père va trouver la force de s'opposer à lui d'abord, puis à son mari. Elle luttera pour exister, pour disposer de son corps, puis pour faire des études aux Beaux-Arts. Elle en paiera le prix: elle renoncera à son premier enfant. Paula se cuirasse contre ses sentiments, elle se construit contre les hommes, qu'elle n'hésitera pas à utiliser pour réaliser son rêve : peindre comme elle le veut, dans une Allemagne de l'Est où il est dangereux de s'éloigner des canons du réalisme socialiste. Christoph Hein crée un personnage magnifique de femme forte et pourtant si faible, qui est aussi une métaphore de la difficulté à être un créateur à certaines époques et une illustration du degré de contrôle et d'égoïsme nécessaire à qui sent et sait qu'il doit construire une oeuvre, qu'il y arrive ou pas. Un grand roman aussi émouvant que dérangeant.
Après avoir combattu dans la résistance française, son grand-père a contribué à la fondation de la RDA. Sa mère a cru à l'avenir du jeune état communiste, tandis que son père rêvait déjà de le voir disparaître. Maxim Leo avait 20 ans au moment de la chute du mur ; il raconte aujourd’hui d'une plume alerte et captivante l'histoire d'une famille peu commune : la sienne. Un portrait de l'Allemagne de l'Est sans fard ni "ostalgie" et toujours proche de la réalité vécue par ses habitants.
Dans ce recueil de « poésies théoriques », ainsi que les désigne leur auteur, aphorismes, notes et proses brèves livrent les réflexions de l’artiste et poète Günter Brus sur l’art, la littérature, la musique et plus généralement sur la place de la culture dans nos sociétés. Si l’ellipse et la fulgurance de la pensée fragmentaire évoquent immanquablement Lichtenberg, les fusées lâchées par Brus, mêlant calembours et jeux de mots, s’inscrivent dans la grande tradition autrichienne du Witz : Kraus n’est jamais très loin. Entomologiste à l’humour ravageur, Brus épingle en effet critiques, institutions culturelles ou marché de l’art, dénonçant le cynisme et la duplicité qui, à plus vaste échelle, régissent le Zeitgeist. « Considérations inactuelles », tel pourrait en effet être un autre sous-titre de cet ouvrage commis par celui qui se désigne comme un « rejeton tardif du romantisme ».
Si toutefois la verve de ce maître artificier n’épargne rien ni personne, pas même sa propre pratique artistique, la révérence, voire la déférence, occupe une place tout aussi importante dans ce florilège d’aphorismes dont certains peuvent se lire comme de véritables « exercices d’admiration » : ainsi de Kubin, dessinateur et poète lui aussi, d’Artaud, de Goya, des maîtres anciens, ou encore de Mozart qui « plaçait des êtres humains sur la scène et non des marionnettes à voix de soprano ou de ténor. »
On ne peut manquer d’être subjugué tant par l’immense culture de l’auteur – aucune expression artistique ne semble lui être étrangère – que par son courageux refus d’une pensée simplificatrice et univoque – Günter Brus nous fait parfois partager ses interrogations bien plus qu’il n’assène de jugements.
Regroupées sous 95 entrées classées par ordre alphabétique, ces « jaculations » sont accompagnées de dessins de l’auteur reflétant avec force jubilation la composition de l’objet livre lui-même.
Un journaliste en rupture de ban, alcoolique et divorcé, entreprend une cure de désintoxication et tombe amoureux de sa thérapeute. Il quitte Hambourg pour la suivre à Berlin. Un ancien garde-frontière, fou de douleur après la mort de sa femme, se fait taxi de nuit pour retrouver une jeune Ukrainienne, réfugiée clandestine, afin de l'arracher à un avenir glauque. Leurs destins se croisent dans le Berlin des années 2000, ville en plein bouleversement, redevenue la capitale d'un pays toujours confronté, dix ans après la chute du Mur, à la réunification et à l'arrivée de nouveaux immigrants. Par sa narration en strates, Renégat, roman du temps nerveux entraîne dans le dédale des sentiments deux hommes venus là par amour et par désir d'un nouveau départ. Reinhard Jirgl tisse, dans une langue étrangère à sa propre langue, autant un faisceau d'histoires autour de destinées individuelles que de réflexions sociales critiques radicales.
Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : la population germanophone de Transylvanie vit dans la peur de la déportation. Cette mesure, exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest, vise une population soupçonnée d'avoir soutenu l'Allemagne nazie pendant la guerre. Le jeune Léopold sait qu'il est sur la liste. II prépare sa petite valise, des affaires chaudes, quelques livres, puis, quand la police roumaine vient le chercher, à trois heures du matin, par moins quinze, il reçoit les mots de sa grand-mère " Je sais que tu reviendras " comme un viatique. L'usine de charbon, la tuilerie, la cimenterie, des baraquements élémentaires, une ration de pain et deux rations de soupe par jour, les diarrhées et les poux : tel sera le quotidien de Léopold pendant cinq ans. La bascule du souffle nous invite à lire la chronique terrifiante de ces années de froid, de faim et de découragement qui tuent dans un camp de travail en Russie. Mais la singularité du livre de Herta Müller réside dans sa faculté incomparable de transcender le réel, de l'illuminer de l'intérieur. Sous sa plume, le camp devient un conte cruel, une fable sur la condition humaine. Ici les arbres parlent, le ciment boit, la pendule a mal à son ressort cassé, la faim voyage dans le corps d'un ange, et le coeur, dans une pelle. Herta Müller souhaitait écrire ce livre à quatre mains avec le poète germano-roumain Oskar Pastior - le modèle de Léopold - mais ce projet fut interrompu par la mort de Pastior. La prose de Herta Müller, poétique et maîtrisée, sèche et puissante, toujours surprenante, lui rend hommage de la plus belle manière qui soit. Certes, La bascule du souffle aborde un tabou historique, mais s'impose surtout comme une oeuvre de portée universelle. Un événement bouleversant.
A côté de nombreux travaux portant sur des sujets aussi divers - en apparence - que la théorie de l'inconscient, l'anatomie comparée, ou la physiognomonie des montagnes, Carl Gustav Carus a laissé le récit détaillé du voyage qu'il fit à l'île de Rügen, sur l'incitation de son ami et mentor le peintre C. D. Friedrich. A l'époque, en 1819, cette île de la Baltique aux blanches falaises de craie pouvait encore donner " l'étrange impression d'une nature, primordiale intacte ", exceptionnellement propice " au complet abandon à ses pensées et à ses sentiments ". Carus put ainsi poser les jalons de sa célèbre théorie de la peinture de paysage, considérée comme " expérience de la vie de la terre ", et qui annonçait le projet de toute une vie : redéfinir la place de l'art et de la science dans leurs rapports à la connaissance.
Le rêve et son interprétation, tel aurait pu être, s'il n'était déjà fameux, le titre du présent volume. Le rêve, parce que, dans une première partie, est rassemblée l'intégralité, pour autant qu'on puisse l'assumer, des récits que Benjamin a laissés de ses propres rêves, classés chronologiquement, ainsi que des textes inédits retrouvés dans ses manuscrits. L'interprétation, parce qu'on trouvera, dans la seconde partie, les réflexions théoriques sur le rêve que Benjamin a menées tout au long de son œuvre, et qui vont de brefs aphorismes à l'analyse politique du « rêve collectif » dont il est nécessaire de réveiller l'humanité, en passant par de longues et riches analyses de la littérature onirique. Apparaît ainsi tout un pan de l'œuvre de Benjamin qui a pu passer relativement inaperçu jusqu'à présent, mais qui a pourtant une importance centrale dans sa pensée et son écriture.
1998-2008 : Les éditions l’Inventaire publient Volker Braun. Pour marquer cet anniversaire, un coffret intitulé Volker Braun, Quatre récits réunit "Phrase sans fond", "Les Quatre Outilleurs","L’Histoire inachevée et sa fin" et "Ce qu’on veut vraiment".
Phrase sans fond
Allemagne de l’Est, fin des années cinquante. Un village évacué, des arbres abattus, l’eau corrompue par un vaste chantier d’exploitation minière… Au-delà de la métaphore d’une débâcle politique, ce récit en une seule phrase, ample, cadencée, inéluctablement déroulée sur quelques dizaines de pages, annonce le suicide des sociétés industrielles, si elles poursuivent leur pillage de la planète.
Les Quatre Outilleurs
La scène se passe après Der Wende, "le grand tournant", dans l'ancienne RDA. Quatre artisans outilleurs, qui ont, jusque-là, vécu tranquillement, dans la routine confortable d'un emploi à vie, sont licenciés, au nom du changement, de nouvelles règles économiques, politiques, sociales, auxquelles ils ne correspondent plus. Mais sans véritable explication. Le récit montre le désarroi de ces hommes devant un chômage forcé et leur interrogation sur leur place dans la société : cherche-t-elle à les oublier, eux?
L'Histoire inachevée et sa fin
Trois parties composent ce livre : "L'Histoire inachevée", récit d'un amour contrarié par la raison d'État en RDA, écrite en 1975, puis "La Fin de l'histoire inachevée" et "Ça reste une histoire inachevée", deux ajouts inédits en français, écrits en 1996 et 1997, après la consultation par Volker Braun de son dossier dans les archives de la Stasi. Genèse d'une publication censurée et morcelée, la fiction rejoint les événements politiques et propose une réflexion sur les conditions d'écriture en RDA, et, plus largement, sur les pouvoirs de la littérature. En 2000, Volker Braun a reçu le Prix Büchner pour l'ensemble de son oeuvre.
Ce qu'on veut vraiment
Brutalité des affrontements et dialogues impossibles jalonnent ces trois courtes histoires, aux personnages et lieux différents. Les conditions d'existence des uns et des autres sont inconciliables, et insupportables les situations qui naissent de leur rencontre. Ce qui arrivera – mais quoi ? – est dans l'ordre des choses, or, l'a-t-on vraiment voulu ? Et l'on sait, avec un étrange sentiment qui mêle encouragement et accablement mortel, que la réponse viendra d'inconnus et d'événements monstrueux.
Christa Wolf n’a que seize ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au moment de l’exode en 1945, elle rencontre un homme qui a survécu aux camps, en fuite comme elle. Il porte un pyjama rayé et, constatant l’étonnement de la jeune fille devant sa tenue, il lui demande : « Mais dans quel monde avez-vous vécu ? »
C’est à cette question que l’écrivain tente de répondre dans Trame d’enfance. À l’occasion d’un voyage sur les lieux de son enfance (une partie de l’Allemagne devenue polonaise après 1945), elle s’efforce de faire revivre par l’écriture le souvenir d’une époque, l’Allemagne des années 1930 et 1940, et le destin de sa famille qui, comme beaucoup, a laissé le nazisme s’installer, non sans succomber parfois aux tentations de cette idéologie. Christa Wolf écrit ce texte en 1976, alors qu’elle a pris ses distances avec le régime communiste de RDA. Elle sera parmi les premiers écrivains allemands à affronter l’effet de séduction que les valeurs du nazisme ont pu avoir sur elle enfant, et à oser lier les deux grandes folies collectives du XXe siècle. Son éducation n’aurait-elle pas en effet favorisé l’élan avec lequel elle a défendu la mise en place du communisme dans la RDA de l’après-guerre ? On retrouve de fait dans les deux systèmes le respect à la lettre de l’autorité, ou l’habitude de penser par idées reçues. Explorant ainsi avec audace et finesse le lourd passé familial et national, Christa Wolf livre un grand texte littéraire, qui résonne en chacun de nous.
Maurice passe ses jours dans son bureau du quartier nord de Berlin, là où débarquent les habitants de l’Est, une zone déclarée «sensible». Il écrit à son ami et associé Hamid à Genève, le plus souvent il ne fait rien. De l’autre côté de la cloison, quelqu’un joue du violoncelle, cela l’apaise, mais il ne réussit pas à dénicher le musicien tant le dédale des immeubles est inextricable. Il fréquente souvent le Café Solitaire, la Papeterie de Carole, passe devant le Bar à Films de Jacqueline des lieux dont les propriétaires changent souvent pour cause de faillite. Dans ce roman fait de détails, d’esquisses et de lettres, Zschokke met en scène des existences sans gloire, des êtres blessés par la vie, pour qui il nourrit une tendresse sans limites.
De Caligari à Hitler : ce titre célèbre caractérise en un significatif raccourci la période la plus riche de l’histoire du septième art allemand. En 1919, Le Cabinet du Dr Caligari ouvrait, en effet, l’ère de l’ "écran démoniaque" et en 1993 Hitler brisait net le sonore. Entre ces deux dates l’expressionnisme témoigna des tourments de l’âme germanique tandis que le réalisme analysait une société en crise. Rarement le cinéma fut plus profondément enraciné dans la vie culturelle, politique et sociale d’un peuple. Siegfried Kracauer devint en 1920 le critique cinématographique de la Frankfurter Zeitung et il y demeura jusqu’en 1933. C’est dire qu’il a suivi pas à pas le développement du cinéma dans son pays. Théoricien de l’esthétique, historien, philosophe, il entreprend d’étudier la propagande et les films nazis lorsqu’il arrive aux États-Unis, ce qui le conduit à remonter le courant et à écrire une étude psychologique fouillée qu’il publie en 1947 : From Caligari to Hitler. Ce texte, le premier qui utilise en cette matière les conquêtes du marxisme liées à celles de la psychanalyse, montre que le septième art, mieux que tout autre moyen d’expression, révèle dans sa vérité complexe la mentalité d’une nation. Immédiatement, ce livre monumental s’imposa comme un classique.